Mohamed CHERKAOUI

Il excelle dans la peinture au couteau. A travers ses toiles, on devine plus qu'on ne retrouve le pittoresque des villes, des médinas. Mohamed Cherkaoui aime les couleurs chaudes et pourra surprendre son public en passant du figuratif à l'abstrait. Ses toiles connaissent depuis un certain temps un réel succès à Rabat, preuve qu'il a su apporter une sensibilité nouvelle à son art.

Mohamed Cherkaoui

Comment, en quelques mots, raconter le parcours de Mohamed Cherkaoui? Cet artiste-peintre est à bien des égard une véritable énigme. Bientôt 50 ans, le verbe lent et à peine audible, l’allure plutôt chétive, tout chez cet artiste respire la discrétion. Le premier paradoxe chez Mohamed Cherkaoui est que, malgré une œuvre fort appréciée des collectionneurs, peu d’amateurs d’art peuvent se targuer d’en connaître l’auteur. A bien analyser le parcours de Cherkaoui, on finit par admettre que ce résultat n’est que le fruit de sa volonté, et qu’inconsciemment il fuit les feux de la rampe pour se réfugier derrière ses tableaux. Mohamed Cherkaoui est, de tous les artistes que nous avons côtoyés, le plus slaoui d’entre eux. En effet, tous les événements qui ont marqué sa vie ont pour cadre la ville de Salé dont il est d’ailleurs natif. Issu d’une famille des plus classiques, il évolue dans un cadre harmonieux qui lui apporte l’équilibre dont il a besoin pour pouvoir déterminer les choix qui feront de lui un peintre accompli. Son cursus scolaire n’est pas particulièrement marquant. Certes, il pense un moment se consacrer au journalisme d’autant qu’il apprécie fortement l’histoire. Mais ce qu’il retient de cette séquence de sa vie, c’est que déjà l’art pictural exerce sur lui une très forte attirance. Ce penchant est combattu un instant par les siens qui s’opposent à sa volonté de faire les beaux-arts. Tout l’enjeu pour la famille Cherkaoui est de pousser le jeune Mohamed vers des horizons plus conformes aux standards de l’époque, c’est à dire vers des études classiques. Il faut se souvenir à cet effet qu’à l’orée des années 70 et 80, l’art contemporain n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse au Maroc et Mohamed Cherkaoui doit lutter pour imposer sa volonté. Mais ce conflit né de ses choix n’est que momentané, et très vite tout son entourage comprend qu’il s’agit d’une véritable vocation et non d’un amour passager. C’est vers 18 ans qu’il décide de se consacrer à la peinture et qu’il suit une année durant des cours de peinture et de dessin. C’est une année charnière dans sa vie, non seulement parce qu’il acquiert de solides connaissances techniques, mais surtout parce que ses professeurs apprécient ses talents et l’encouragent dans cette voie. Parallèlement à cette formation, il s’adonne à la sculpture, passion qu’il cultive encore aujourd’hui. Mais Mohamed Cherkaoui n’est pas homme à se satisfaire des acquis du moment. Il visite les musées, les galeries et les expositions de peinture pour découvrir d’autres horizons. Il lit tous les ouvrages disponibles consacrés à l’art en général pour renforcer sa formation initiale.

Curieux et entêté, il s’est lui même fixé une longue période de formation -15 ans selon ses propres dires- pour pouvoir revendiquer sa qualité de peintre. Dans ses premiers essais, Mohamed Cherkaoui marque sa préférence pour la peinture abstraite. Mais il sait que ce n’est là qu’une étape et qu’il lui faudra évoluer. A 25 ans, il décide de vivre exclusivement de son art. Les difficultés sont grandes mais il ne désarme pas. C’est à cette époque que les grandes tendances de l’œuvre de Mohamed Cherkaoui se font jour. Il ne peint que sur la toile, et la matière qu’il préfère est la peinture à l’huile. Pour les références qu’il affiche, on citera Salvador Dali pour qui il affiche une admiration sans borne. La logique de ses choix se retrouve dans ses références quant à la peinture marocaine. A cet effet, les noms qui lui reviennent souvent à la bouche sont Ghorbal et Rbouh. Bien sûr il citera aussi Chaïbia, Belkahia et Oudghiri, mais incontestablement, le grand maître du surréalisme reste pour lui le summum de la peinture. Pourtant, à aucun moment, il n e sentira le besoin de se lancer dans l’imitation.

Ce qui l’attire dans l’œuvre de Dali c’est la perfection des formes et des couleurs. Mais Mohamed Cherkaoui a son propre style pour lequel il développe une technique particulière. Si l’on devait obligatoirement l’enfermer dans une rubrique, ce serait sans conteste dans la catégorie de l’impressionnisme avec la technique de la peinture au couteau. Cette technique spéciale qui donne du relief aux différents tableaux est encore plus particulière chez Cherkaoui qui utilise pour seul outil un morceau de carton très dur pour étaler et guider la matière. Quant au choix des thèmes, il veut surtout fixer sur sa toile les paysages, les monuments et les scènes de la vie quotidienne. Il se réfère toujours à ce qu’il y a de traditionnel et d’humble dans l’environnement qu’il peint, comme si, à travers ses toiles, il voulait rendre hommage à ce qu’il y a de séculaire dans les traditions marocaines.

Malgré les difficultés que rencontrent tous les artistes peintres du pays, Mohamed Cherkaoui croit en son art. D’ailleurs, il en tire de telles satisfactions qu’il reconnaît lui même qu’il ne saurait s’opposer à la volonté de ses deux enfants si, par hasard, ils entendaient faire carrière dans la peinture. Mieux encore, il les encouragerait dans cette voie et serait leur premier professeur. Une telle conviction est la preuve que Mohamed Cherkaoui, au delà de son œuvre, est de l’étoffe des vrais artistes.

Ahmed CHAWKI