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Abdelali Bouidi
Abdelali BOUIDI, jeune peintre r'bati offre ses plus belles couleurs à son public. Aquarelle ou acrylique, figuratif ou abstrait, BOUIDI fait de chaque style, de chaque matière, sa spécialité. Un artiste polyvalent au talent certain.
Abdelali Bouidi tout en nuances
Les ruelles de la médina de Rabat, avec ce choc de couleurs et de bruits. Dans une échoppe, des tableaux. Ce n'est pas une exposition, loin s'en faut. Cependant, dans ce fouillis de toiles, une aquarelle retient le regard, comme un point lumineux au milieu du brouillard. Nous entamons les négociations pour l'acquisition du tableau. En dix minutes, l’affaire est conclue pour un prix raisonnable. Mais quel est l'auteur de cette œuvre ?
Le lot commun
Bouidi Abdelali a près de 30 ans. C'est un r'bati de souche, et apparemment son horizon est limité aux remparts de la ville. Né dans une famille au revenu très modeste, Bouidi Abdelali a évolué au milieu de ses 11 frères et sœurs. Il se souvient encore de son père, tôt disparu, sans profession déterminée. Cela n'a pas empêché certains, chez les Bouidi, de suivre un cursus scolaire honorable. Aujourd'hui, aucune amertume, aucun regret. Durant nos différentes entrevues, il ne s'est jamais plaint de son sort, sans pour autant affirmer qu'il est heureux. Remonter dans sa mémoire pour retrouver l'étincelle qui a déclenché chez lui cette envie de peindre relève de la gageure. Beaucoup d'incertitudes, un flou dont on ne saura pas s'il est volontaire ou non. Pourtant Abdelali Bouidi ne semble pas cultiver le goût du secret. Il est plutôt distrait et préfère s'enfermer dans ses rêves. C'est vers l'âge de neuf ans, dit-il, qu'il a commencé à dessiner et peindre. Ces activités occupaient le plus clair de ses loisirs. Cela ne l'a pas empêché d'être un excellent élève, surtout dans les matières scientifiques. Puis, en 4ème année secondaire, à la surprise générale, il opte pour les arts plastiques. I1 continuera son cursus au lycée des Orangers à Rabat où il obtiendra son baccalauréat en 1990. Mais il sait en son for intérieur que sa formation est insuffisante. Il frappe à toutes les portes, passe une série d'examens et, enfin, est admis à l'école des Beaux-Arts de Limoges en France. Joie éphémère. L'administration consulaire ne l'entend pas ainsi. Il lui faudra trouver une caution de 40.000 FF (plus de 65.000 dh !) pour obtenir un visa longue durée. Quelques mois de galère et Abdelali Bouidi abandonne. Il restera au Maroc et produira ses œuvres avec des moyens limités.
Se faire un nom
De sa formation académique, nous savons peu de chose, si ce n'est qu'elle fut brève. D'ailleurs l'artiste reconnaît qu'il lui reste du chemin à parcourir pour atteindre le cercle des grands noms de la peinture. Ses références sont Monet "...le lion de l ' impressionnisme" (sic), Manet, Cézanne, mais aussi Van Gogh et Picasso. En fait, Bouidi est davantage un autodidacte. Sa volonté et son œuvre ne sont que plus méritoires. Sur ce plan, le jeune peintre est tenace. I1 se fera un nom tout seul, par la force de son talent. Un autre trait de son caractère mérite attention. Bouidi n'aime pas l'imitation ou la reproduction. Pour lui l'art est avant tout création, innovation et recherche. Il n'a pas de mots assez durs pour ceux qui "reproduisent des cartes postales et se complaisent dans l'artisanat". Cette honnêteté intellectuelle l'honore quand on sait l'usage abusif qui est fait de la reproduction d'œuvres magistrales par nos jeunes peintres.
ENTRE L'ABSTRAIT ET LE FIGURATIF
Bouidi Abdelali est un peintre polyvalent. Il pratique autant l'acrylique que la peinture à l'huile ou encore l'aquarelle. Toutefois, sa préférence va à cette dernière. Pour lui l'aquarelle est plus délicate, plus difficile aussi que les autres matières. C'est avec l'aquarelle que l'on peut le mieux personnaliser son œuvre. Les teintes sont plus nuancées, les dégradés plus subtils. L'erreur sur une aquarelle est fatale, on ne peut procéder par retouches. La méthode de Bouidi pour peindre est particulière. Il ne produira
jamais une aquarelle ou une toile du premier jet. Tout d'abord il cherchera le modèle. La sélection se fait généralement d'après une photo ou une composition de photos. Puis il esquissera son tableau et enfin passera à la peinture proprement dite. Son travail ne s'arrête pas là. Le jeune Bouidi aime prendre du recul. Il laissera son œuvre "reposer" quelques jours durant, et se remettra à l'ouvrage avec un œil critique. C'est à ce moment, dit-il, que commence le véritable travail d'artiste. Il reprend entièrement son travail, y ajoute des tons et des nuances, rehausse les couleurs, apporte des touches particulières, donne véritablement vie à son tableau. Bien souvent, dit-il, l’œuvre finale est totalement différente du modèle initial. C'est à ce niveau que Bouidi fait preuve de créativité. Du figuratif qui était à la base de son inspiration, il peut aboutir à un tableau totalement abstrait. Ses couleurs préférées sont des couleurs chaudes, comme le rouge, le bleu, le jaune; le vert et le marron seront utilisés pour les nuances. Il mélange les couleurs directement sur la toile et reste debout durant toute la durée de son travail, face au chevalet. Bouidi aime peindre les paysages, à 1 ' instar de Monet. Son choix se porte exclusivement sur des paysages du Maroc. Il y trouve, dit-il, des nuances de couleur uniques. Mais il est aussi performant quand il veut peindre un portrait. Pourtant, quand il juge son travail, il fait preuve d'une grande modestie. Il estime qu'il a encore des progrès à réaliser avant d'atteindre le niveau qu'il s'est fixé.
Un avenir certain
Bouidi Abdelali travaille en permanence. Il vit aujourd'hui exclusivement de son art. Certes, c'est loin d'être la grande vie. N'étant pas encore connu, il se contente de vendre aux amateurs avertis. Mais contrairement à d'autres, il arrive à commercialiser toute sa production. C'est la preuve que ce qu'il fait attire le regard. Il sait qu'il a choisi la bonne voie et que son avenir est assuré. Pour l'heure, son vœu le plus cher est de participer à une exposition, à Rabat ou ailleurs, pour sortir de l'anonymat qui étouffe tout jeune créateur. Pour l'instant, les galeries n'ont pas répondu à son appel. Mais pour Bouidi Abdelali, le succès viendra. I1 y a assez de volonté et de conviction chez ce jeune peintre pour triompher des épreuves quotidiennes.
Mohamed Karim MOUDIR |