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Ses œuvres sont surprenantes, jamais déplaisantes. Cet homme passionné d'art est un peintre, un sculpteur, mais aussi et surtout un novateur qui enrichit la peinture par l'adjonction de cuivre et autres matières si particulières au Maroc. Encore un amoureux de son pays, épris par-dessus tout de la force créatrice Les tableaux sont peinture, toiles de jute, bois, cuivre... Tout un ensemble de matériaux qui participent à la composition de ses ouvrages. Ses couleurs sont chaudes: le bleu, le jaune, l’orangé; des teintes qui expriment la gaieté et reflètent le Maroc. La présence du soleil, cet astre rougeâtre aux reflets d'or qui symbolise la vie, y est d'ailleurs une constante. Larbi Belcadi aime tout ce qui est vivant, qui a de la force, qui bouge et va de l'avant. Il prend ainsi un malin plaisir à peindre les chevaux, ces animaux dynamiques, puissants beaux et majestueux. Pour le côté plus calme et apaisant, son thème de prédilection est la femme, un autre symbole de la vie. La femme marocaine drapée de soie, parée de ses bijoux et de ses ornements. Si telle est sa peinture, c'est parce que Larbi Belcadi a invariablement été un insurgé, refusant l'ordre, les règles et les normes. Il a ainsi affirmé sa préférence pour une liberté d'action et, de ce fait, a toujours été un créateur. Cela transparaît dans sa peinture. Il se distingue des autres par un style particulier en utilisant ces matériaux parfois dits "antipicturaux". Pour lui, au contraire, ce sont des matériaux nobles, et particulièrement le cuivre. Il fait alors des assemblages, jouant sur les reliefs, n'hésitant pas parfois à les créer, à les inventer, refusant la platitude des choses. Dans ces formes et ces courbes, on devine, quelque part, une influence de l'architecture marocaine: la calligraphie, les spirales et les incrustations. Larbi Belcadi a un secret: il n'a pratiquement jamais utilisé de palette. Pour lui, cet outil des peintres limite les possibilités de créer. L'artiste aime le fouillis, ce qui n'est pas ordonné, les matériaux à leur état pur, sauvage. C'est dans cette confusion qu'il trouve la force de créer. Il dit employer tout ce qui peut l'inspirer. Les matériaux existent, ils sont là; il suffit de savoir les utiliser, et surtout ne pas en avoir peur. "Ne soyons pas intimidés par la création, par la puissance du pinceau, par les couleurs. Il faut toujours aller de l'avant...", aime-t-il à répéter. Jeunesse rebelle C'est ainsi que ce peintre a agi depuis sa plus tendre jeunesse. En effet, son père, infirmier de métier, lui avait choisi une voie. On l'aurait deviné: c'est à la médecine qu'il aurait dû se consacrer. Mais, déjà, Larbi Belcadi était un insoumis et faisait preuve de détermination. A la vie rangée qui lui était prédestinée, il a préféré la vie d'artiste et son cortège d'aléas. Il entreprend sagement ses études primaires à Rabat, ville où il est né. C'est au Lycée qu'il a fait la connaissance du peintre Moulay Ahmed Drissi, professeur de peinture qui a fortement marqué toute une génération d'artistes peintres marocains. En outre -et c'est certainement un élément déterminant, ce dernier a été le créateur de la galerie "L'œil noir" où Larbi Belcadi a tenu sa première exposition en 1958. Contre l'avis de ses parents, mais soutenu dans ses projets par une grand-mère à laquelle il voue aujourd'hui encore une affection infinie, il a fait l'école des Beaux Arts de Casablanca. Cependant, le jeune artiste était également un cinéphile passionné. Ayant obtenu une bourse du Centre Cinématographique Marocain, il s'envole pour Paris où il s'inscrit à l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques. Cette ville lui a &eacu te;té d'un grand apport culturel. Flâner dans les musées était une de ses occupations favorites. Larbi Belcadi a toujours été un amoureux de l'art en général: le cinéma, la peinture, l’architecture, la caricature... Heureusement, sur les conseils de son entourage, il a su éviter l'éparpillement de son imagination. A partir de 1973, l’artiste ne s'est donc consacré qu'à la peinture, faisant des expositions en professionnel. Larbi Belcadi a travaillé au Centre Culturel Américain où il a tenu quelques expositions. La fermeture de ce Centre, loin de le décourager, l’a incité à persévérer, à ne pas abandonner sa vocation et à faire preuve de créativité, c'est-à-dire "...retirer la substantifique moelle des matériaux pour en faire des objets d'art". Larbi Belcadi a déjà fait une vingtaine d'expositions collectives et une centaine d'individuelles. I1 a parcouru les capitales régionales du Maroc, mais il a aussi exposé à l'étranger: de l'Howard University à Washington en passant par la Tunisie et l'Espagne jusqu'à Téhéran, Munich ou Bruxelles. Notre peintre a déjà une renommée internationale qu'on ne peut lui nier. La sagesse du peintre Et tel l'un de ses chevaux thématiques, il sillonne le monde avec fougue, montrant à tous que tout est possible, que l'art ne se restreint pas à la traditionnelle peinture. L'imagination et la sensibilité peuvent aller bien au-delà dans la quête perpétuelle de l'absolu. L'artiste aimerait ainsi poursuivre ses expositions itinérantes. La prochaine se déroulera peut-être au Canada? C'est le projet que Larbi Belcadi mûrit actuellement. Sa passion des voyages est inextinguible. Ils lui sont, il est vrai, bénéfiques, renouvelant sans cesse son inspiration. Nous saurons l'attendre. Bien que de santé fragile -ce dont il ne se plaint pas-, Larbi Belcadi est un homme comblé. Des différentes entrevues qu'il nous a accordées, l'impression profonde qui se dégage est que Larbi Belcadi est en harmonie avec ses idées et ses actes. Rien de particulier ne semble lui manquer. Nous ne pouvons alors qu'espérer qu'il réalisera un de ses rêves les plus chers: avoir une longue vie et peindre jusqu'à un âge avancé.. Sut-Mie Guibert |