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Brahim Aamiri
Bien que l'Histoire du Maroc soit sa passion et sa formation de base, il refuse - contrairement à la majorité de ses pairs - de s'enfermer dans un genre. Dès l'age de 11 ans, Brahim Aamiri doit quitter sa terre natale. Ce sera sa première rude épreuve. Il gardera de son enfance et pour toujours, des images merveilleuses et des couleurs flamboyantes. Il s’installe à Marrakech où il entame ses études primaires et secondaires. Très jeune, il affirme un goût pour l’art. Il est particulièrement passionné par le dessin. Ses professeurs, loin de réprimer ce penchant comme il eut été logique à cet époque et à cet endroit, l'encouragent dans cette voie. C'est ainsi qu'il a trouvé le moyen de faire ressortir ce qu'il avait enfoui bien au fond de son âme et de sa mémoire : la campagne, cette campagne trop tôt abandonnée et qui l'attire aujourd'hui encore. L'enfant a toujours été réservé, timide. Défaut ou lubie d'artiste? Rien de tout cela. Tout simplement la marque d'un esprit qui prend en considération son interlocuteur quel qu'il soit, où la place et le respect des autres sont une seconde nature. Il a volontairement vécu à l'écart de ceux qui auraient dû être ses camarades de jeux. Il ne les a jamais enviés parce que c'est dans la solitude qu'il s'est réalisé. Pourtant, on pourrait être surpris par ce trait de caractère. Le premier sentiment que suscite Brahim Aamiri chez son interlocuteur est bien la sympathie; sentiment qui ne se dissipe d'ailleurs pas lorsqu'on le connaît un peu mieux. Le dessin et la peinture ont toujours été pour lui, dit-il, la seule façon de se mettre en valeur. Le succès d'aujourd'hui lui donnerait-il raison? Sa première exposition a eu lieu en 1972 à Fès. Depuis cette date, Brahim Aamiri ne s'est plus arrêté. Sans jamais avoir appris à dessiner ou à peindre -au sens académique du terme- et passant de l'aquarelle à l'huile avec une facilité déconcertante, il a pratiquement été, chaque année, l'auteur d'un vernissage ou d'une exposition individuelle ou collective. C'est ainsi qu'il a sillonné le Maroc dans tous les sens, exposant ses toiles dans toutes les villes, grandes ou moins grandes. On a admiré ses œuvres à Casablanca, Oujda, Rabat, Fès, Meknès, Tanger, Marrakech bien sûr, mais aussi Khémisset, Al Hoceima ou Khouribga... Brahim Aamiri s'est ainsi mué en véritable globe-trotter national. Est-il véritablement possible de rester timide dans de telles circonstances? Il faut le croire
pourtant lorsqu'il affirme, avec modestie, que son embarras persiste. Peut-on l'en blâmer? Peut on lui reprocher de s'être trop donné à son art? Au contraire! Après tout, il est connu que les artistes ont des âmes sensibles et qu'ils gardent jalousement leur jardin secret. C'est en ces endroits, et durant ces moments de solitude, que Brahim Aamiri trouve l'inspiration pour créer, ou encore le temps de rêver aux voyages. Il est de ceux qui pensent qu'un artiste doit courir le monde, doit tout voir et inventer sous tous les cieux. Un vœu qu'il n'a pas encore pu réaliser. Mais il garde espoir. C'est aussi un homme persévérant, parfois même acharné. Si on retrouve si bien le Maroc à travers les toiles de Brahim Aamiri, c'est aussi parce qu'il est un peu plus qu'un peintre. L'artiste nous livre, ici, une clé de son énigme. Le public ne sait certainement pas qu'il a été professeur d'histoire et de géographie. Est-ce son côté nostalgique qui l'a poussé vers l'histoire? Quant à la géographie, on devine qu' il y retrouve les paysages de son enfance, le voyage, le monde... En quelque sorte le rêve. Pour ce qui est de l'architecture, souvent présente sur ses toiles, on y décèle les souvenirs de l'enfant qui accompagnait son grand père maçon sur tous les chantiers du village et de la région. Rien de ce qui a animé sa tendre enfance n'est oublié. Il y a quelques temps, Brahim Aamiri a obtenu un diplôme de stage au cinéma de l'animation. Quoi d'étonnant à cela? Nous retrouvons toujours sur ses toiles un cadre, un décor, une certaine mise en scène. Même lorsqu'il s'échappe à travers sa peinture, il peut difficilement voiler ses influences. Et dire qu'à chaque fois qu'il a terminé une toile, il en est mécontent ! Sa satisfaction n'est qu'éphémère. Il affirme attendre toujours "l'étincelle" qui le poussera à mieux faire. Mais est-ce possible? Lui seul peut nous donner la réponse. Peut-être lors de sa prochaine exposition au Maroc ou à l'étranger. Tout ce qui fait la culture et l'histoire du Maroc, et qui disparaît peu à peu sous la pression du "progrès" et de la "modernisation" restera, pour un temps encore, vivant sous nos yeux et dans nos mémoires grâce à de tels artistes. C'est, en partie, pour cela que nous adressons un grand coup de chapeau à Brahim Aamiri Sut-Mie GUIBERT
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