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La force créatrice
de Mohamed Douah
Il est fait d'une matière rare. L'authenticité. C'est à la fois sa force et sa faiblesse. Mohamed Douah est un peintre atypique à plus d'un titre. A voir ces oeuvres magistrales chargées de passion et animées d'une violence sourde, on imagine toujours que leur auteur ne serait autre chose qu'un colosse dont la force débridée viendrait s'écraser sur la toile. Un de ces artistes dont l’œuvre est le reflet de la stature physique. Pour Mohamed Douah, rien de tout cela. Si reflet il y a daris l'ensemble de son oeuvre, c'est bien celui de son âme et de sa surprenante personnalité.
A l'orée de ses 40 ans, cet artiste-peintre au talent aujourd'hui reconnu, reste une énigme, même pour ceux qui croient le connaître. Il se prête difficilement au jeu des questions-réponses, comme Si une indicible pudeur l'empêchait de se dévoiler. Quand il se laisse aller à une confidence, c'est un enchaînement sans fin d'idées qui s'entrechoquent les unes les autres et qui le mènent toujours plus loin, bien plus loin que le cadre étroit de la question. Mais dans son cheminement transparaît immédiatement un autre trait de sa personnalité. Il est avide de culture. Ainsi, chacune de ses envolées est-elle ponctuée de citations puisées dans un répertoire assez bien fourni d'auteurs, poètes ou écrivains, contemporains ou classiques, presque tous aujourd'hui disparus, mais qui semblent pourtant constituer son cercle d'amis. En ce sens, Mohamed Douah est atypique. Il aime l'art, et c'est un amour profond qui l'anime. Enfant d'une cellule familiale recomposée après le décès de sa mère, il n'avait alors que 3 ans, il est le second d'une lignée de 7 enfants. Pour ce qui est de son cadre de vie, et appartenant à la petite bourgeoisie de Meknès, Mohamed Douah n'a certainement pas connu de difficultés matérielles durant sa jeunesse. De tendresse parentale non plus apparemment. Son père, enseignant àses débuts, s'est intéressé au dessin industriel ce qui lui a permis, de plans en schémas, d'intégrer une régie de distribution d'eau et d'électricité. Fort de cette expérience et notant le goût de son fils pour le dessin et la peinture, le père décide que son fils sera architecte. Une année avant le baccalauréat, Mohamed Douah quitte le collège de sa ville natale pour entrer à l'école des Beaux Arts de Tétouan. Cette destinée qu'il se donne envers et contre tous en optant pour l'art pictural ne se fait pas sans douleurs ni déchirements. On le voyait architecte et il se destine à la peinture. Ces choix fondamentaux qui structurent sa vie et qui, parallèlement le marginalisent au moins un temps par rapport aux siens, Mohamed Douah ne les regrette nullement. A chaque étape de sa vie, il s'engage entièrement avec une sincérité et une volonté qui lui font honneur.
A l'école de Tétouan, il se compose une nouvelle famille avec des professeurs qui, manifestement, ont marqué sa personnalité. Il en ressortira artiste-peintre au talent que nous connaissons, capable de créer un style que d'autres, déjà, tentent d'imiter. De l'ensemble de son oeuvre où domine le figuratif, on peut avancer sans craindre le démenti qu'il appartient à la grande famille des impressionnistes. Mais ajoutons sans tarder que, dans cette famille, il a assurément une place à part, conquise par la force qui se dégage de ses oeuvres. Toujours à la recherche de sources d'inspirations nouvelles, Mohamed Douah n'en connaît pas moins des périodes très marquées avec des évolutions sur des sujets révélateurs de sa personnalité. Ce sera sa fabuleuse période «gnaouas», avec des toiles majeures qui, indubitablement, resteront gravées dans l'ensemble de son oeuvre. Tout comme sa période «fantasia» durant laquelle son art s'est exprimé dans toute sa force et toute sa splendeur. C'est aussi une période de nus de la plus haute qualité, où Mohamed Douah a donné l'exacte mesure de son immense talent. Cette période époustouflante, de finesse, de créativité et de perfection, s'est malheureusement perdue dans la discrétion que lui a imposée une culture picturale populaire engoncée dans des critères désuets. A chacune de ces périodes marquantes, Mohamed Douah se fond dans sa création. Il dira lui-même tour à tour, «Je suis un pur Gnaoui…» pour sa période gnaouas, «Je suis un fils de la fantasia...» pour sa période du même nom. Quant à sa période de nus, il dira: «La femme est une source permanente d'inspiration...» et il poursuivra avec malice «…c’est la moitié qui me manque...». Après un court moment durant lequel son regard se perd dans les brumes d'une mémoire souvent refoulée, il ajoutera avec une infinie langueur «...c'est la moitié qui nous manque à tous...» C'est ainsi qu'est fait Mohamed Douah. Chacune de ses périodes est une thérapie. C'est ainsi qu'il la vit.
Subtil dosage d'une culture acquise par amour de l'art, de la lecture et des poèmes, de la chansonnette et de la musique classique, et d'une incompressible envie d'être authentique et sincère dans tout ce qu'il entreprend, Mohamed Douah rappelle dans ses errances, ces grands incompris qui ont marqué, par la force de leur talent toute l'histoire de l'art. Entendre Mohamed Douah réciter des poèmes de René Char, Nezha Kehani, Baudelaire, Verlaine et de Musset, pour ne citer que ceux-là, donne de la consistance à l'artiste. En matière de peinture, il parlera de Mekki M'ghrara, Mohamed Drissi, Fouad Bellamine entre autres.
Authentique dans sa démarche, passionné par son art, Mohamed Douah est un grand artiste. On gagne à le connaître.
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