Alain CAPOUILLIET

Presse

 

Formes et lumières d'Alain Capouilliet

L’homme a tout du félin solitaire. Caché derrière de larges lunettes noires qui rappellent étrangement les grandes heures de l’époque hippie de la fin des décennies 70 et 80, Alain Capouilliet nous épie. Il lui faudra un long moment avant de se prêter au jeu et de répondre sans détours aux questions que nous lui posons.
Fraîchement débarqué de son Hexagone natal, il a littéralement été envoûté par la lumière, les couleurs et les scènes folkloriques du Maroc. Il n’a pas longtemps hésité avant d’arrêter son choix. C’est ici et nulle part ailleurs qu’il libèrera sa force créatrice.
Autodidacte, Alain Capouilliet ne saurait fixer le moment de son attrait pour les arts picturaux. C’est un penchant inné depuis son plus jeune âge, vers huit ans environ, que ses proches remarquent ses talents de peintre. A cet âge déjà, il marque une nette préférence pour l’œuvre de Modigliani. Bien qu’enfant, il n’en a pas moins un œil critique. Il peint des portraits et se hasarde même à peindre des nus. C’est un peu tôt peut-être, mais c’est aussi à cette aune que se mesure la profondeur des talents. Ce qui retient son attention, ce sont les couleurs, les formes et l’harmonie qui se dégage des toiles du grand maître. Malgré son cheminement dans le monde de l’art, il restera toujours attaché à l’œuvre de Modigliani. Mais cette filiation qu’il défend jalousement n’est pas exclusive. En effet, quelques années plus tard, il peint des natures mortes et des paysages selon les techniques éprouvées de Van Gogh ou de Cézanne. Quand il a 12 ans, il décide de changer de registre et même si le figuratif et l’impressionnisme constituent les fondements de sa technique, il se prête quelques temps à la peinture abstraite. Ce sera le temps d’un printemps et même s’il compose à cette époque des œuvres de grande qualité, il revient très vite à ses premières amours.
En réalité, Alain Capouilliet est à la recherche d’une voie qui sera, on le devine, apparentée à celle de l’école impressionniste et des courants de peintures qui se sont greffés à cette école. Mais ce qui est remarquable, c’est que dans cette quête identitaire qui aurait pu l’épuiser avant de l’engloutir, il arrive à marquer sa différence et à se faire une place. C’est ainsi qu’à 17, il participe à une exposition de groupe où il obtient le deuxième prix de peinture. Trois ans plus tard, à 20 ans, il organise sa première exposition individuelle qui connaît un réel succès et se concrétise par la vente de l’ensemble des œuvres exposées. Et depuis, les expositions s’enchaînent. Qui donc, comme ce quinquagénaire, peut se targuer d’avoir à son actif plus de 150 expositions collectives ou individuelles dans plusieurs pays dont la France bien sûr, mais aussi de nombreux pays européens et les Etats-Unis ?
La technique d’Alain Capouilliet a beaucoup évolué avec le temps. Aujourd’hui, pour réaliser une œuvre, il agit par étapes. De la prise de vue d’un site qu’il compose lui-même, il passera au croquis ou à l’esquisse qui peut lui prendre un temps relativement long. Puis, après un temps, il couchera sur la toile les couleurs dominantes, les fonds, avant de se consacrer au sujet même de sa toile. Sa matière préférée est la peinture acrylique, plus moderne et plus pratique. Comme outil, il peindra avec quelques pinceaux et un couteau sur des toiles de grands formats où il se sent plus à l’aise.
Tout comme ses repères artistiques d’ailleurs. Ainsi, un temps durant il sera attiré par les peintres d’Etrême Orient, dont il admire la régularité des traits, l’inspiration et la richesse des couleurs. Parmi ceux-ci, il avouera son admiration pour Zao Wou-Ki, « le Chinois de Paris » comme le nomment les amateurs d’art, grand maître du paysagisme abstrait. Mais ce que l’histoire de l’art retiendra de ce peintre, est surtout son œuvre en matière de calligraphie, qui passe pour une référence au niveau mondial.
Alain Capouilliet est un savant dosage de toutes ces tendances. Partant de l’impressionnisme, il s’est lentement rapproché de l’école réaliste, se laissant parfois conquérir par l’école hyperréaliste. Dans l’hyperréalisme, il compte des œuvres majeures qui ont largement contribué à asseoir sa notoriété. Mais le style dans lequel il excelle manifestement, est celui du mélange subtil qu’il arrive à instaurer sur ses toiles entre le détail d’un personnage ou d’un visage et les grands traits fondus et colorés d’une scène qu’il fige sur son support. C’est, en définitive, un style qui lui est propre et qui trouve une source d’inspiration inépuisable au Maroc. Entre les couleurs vives arborées par sa population, la luminosité quasi-unique du soleil, son patrimoine architectural et plus largement encore culturel, Alain Capouilliet a trouvé sur les bords du Bouregreg, la lumière qui illuminera désormais ses toiles.
Installé depuis peu à Rabat, il compte bien organiser, bientôt, une exposition de ses toiles « marocaines ». Des scènes folkloriques traditionnelles à la vie trépidante des médinas, il saura assurément nous éblouir de cette luminosité que nous ne savons plus voir.

 


Revue des Forces Armées Royales
novembre 2004